Les origines de l'hydrographie française

Les débuts

La production des documents destinés aux navigateurs est d’abord une affaire privée : portulans pour la navigation en Méditerranée, vues de côtes et routiers des mers pour la navigation sur les côtes ouest et nord de France. Le premier routier connu est conçu en 1483 par Pierre Garcie, dit Ferrande, et publié en 1520 sous le titre de Grand routier, pilotage et encrage en mer. Il indique les mouillages, orientations des chenaux et natures de fond.

A la fin du XVe siècle l’école privée d’hydrographie de Dieppe est renommée pour ses cartes. Pierre Desceliers, un de ses membres, est considéré comme le père de l’hydrographie française.

La centralisation

En 1661 Colbert prend la direction des affaires de la Marine. L’école d’hydrographie de Dieppe devient école royale et des écoles d’enseignement de la navigation sont créées dans d'autres ports.

Entre 1670 et 1689 a lieu le premier levé hydrographique des côtes de France. Ses résultats, accompagnés de reproductions de cartes étrangères, sont publiés en 1693 sous le nom de Neptune François, un atlas qui couvre les côtes de la Norvège jusqu’à Gibraltar. Les cartes détaillées des côtes de France restent secrètes.

En 1680 Colbert fait rassembler les cartes marines et les mémoires qui les accompagnent en créant les Cartes et Plans du Roi. Une ordonnance de 1681 oblige les navires marchands à y déposer leurs journaux de navigation.

Le dépôt des cartes et plans

En 1699 est constitué le Dépôt des archives de la Marine. Le 19 novembre 1720 le conseil de la Marine décide d’en extraire les documents nautiques de la Marine et des Colonies pour les regrouper dans un Dépôt général des cartes et plans, journaux et mémoires concernant la navigation.

Le personnel du dépôt des cartes et plans assure la conservation des documents, leur protection (certaines cartes constituent des secrets d’état) et la copie des documents nautiques pour les marins. Avec le temps il commence à mettre à jour les cartes en fonction des nouvelles informations reçues, puis, à partir de 1737 à créer des cartes originales par compilation des documents existants .

A partir de 1750 le dépôt réalise des missions d’observations astronomiques sur le terrain pour déterminer des coordonnées géographiques précises.

Le monopole

Pour mettre un terme à la prolifération de cartes marines contrefaites et erronées, le conseil du Roi accorde au dépôt le 5 octobre 1773 le monopole de la production de l’information nautique pour la conduite des vaisseaux de guerre et de commerce. Le dépôt est seul autorisé à composer, dresser et publier les cartes et autres documents nautiques.

Ces documents doivent être accompagnés d’une notice indiquant le niveau de confiance à leur accorder et les sources utilisées. Une ordonnance royale de 1775 met en place pour leur diffusion des entrepôts auxiliaires dans les ports, chez des commerçants agréés.

La naissance de l’hydrographie moderne

Charles-François Beautemps-Beaupré, entré au dépôt en 1783 comme élève et nommé ingénieur en 1785 est le premier ingénieur hydrographe à participer à une expédition scientifique maritime. En 1791 il embarque avec l’expédition Bruny d’Entrecasteaux à la recherche de l’expédition Lapérouse, dont on est sans nouvelles depuis 1788.

Pendant les trois années que dure l’expédition il met au point une méthode pour exécuter les levés hydrographiques. Les résultats obtenus sont d’une qualité telle qu’ils lui valent d'être considéré comme le père de l’hydrographie moderne.

Sources

Les années indiquées sont celles de la publication.

  • Etude historique sur les ingénieurs hydrographes et le Service Hydrographique de la Marine
    IHG Maurice Rollet de l’Isle – 1950 – Annales hydrographiques 4e série 1950
  • L’hydrographie française au 18ème siècle
    IGA Jean Bourgoin – 1984 – Cols bleus n°1823 / bulletin Amhydro n°5
  • La carte marine française de ses débuts à 1800
    IGA Jean Bourgoin – 1987 – Comité français de cartographie n°113 / bulletin Amhydro n°8
  • Hydrographie et cartographie françaises de 1800 à nos jours
    IGA Jean Bourgoin – 1987 – Comité français de cartographie n°113 / bulletin Amhydro n°8
  • Le dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine sous l’ancien régime
    ICETA Bernard Le Guisquet – 1991 – Annales hydrographiques n°765
  • Les débuts de l’hydrographie française
    IGA Jean Bourgoin – 1996 – Cols bleus n°2335 / bulletins Amhydro n°15 et n°32